Federico García Lorca

Federico García Lorca, de son nom complet Federico del Sagrado Corazón de Jesús García Lorca naît le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros près de Grenade.

Federico est l’aîné d’une fratrie de cinq enfants nés de Federico García Rodríguez, propriétaire terrien aisé, et de Vicenta Lorca Romero, maîtresse d’école. Âgé de 4 ans seulement, il assiste au décès prématuré de son jeune frère Luis qui meurt d’une pneumonie à l’âge deux ans. Très jeune déjà, Federico, tout comme son frère Francisco et ses sœurs María de la Concepción et Isabel, est attiré par la littérature. Ce goût leur vient de leur mère, passionnée de littérature et de musique.

La famille García Lorca vit alors dans une grande propriété appelée la Huerta de San Vicente et située dans une région rurale près de Grenade. Federico passe donc son enfance au contact de la nature. Cette dernière aura une grande influence dans son œuvre. Il affirmera notamment en 1934 lors d’un entretien mené à Buenos Aires : « Enfant j’ai vécu plain-pied avec la nature. Comme tous les enfants, j’attribuais à chaque chose, meuble, objet, arbre, pierre, sa personnalité. Je conversais avec eux, et je les aimais. » Bien des années plus tard, après avoir pourtant vécu en ville, comme à Madrid par exemple, Federico affirmera qu’il n’aurait jamais pu écrire Noces de sang s’il n’avait pas vécu ses jeunes années près de la nature. Il dira notamment :

« J’aime la terre. Je me sens lié à elle dans toutes mes émotions. Mes plus lointains souvenirs d’enfant ont la saveur de la terre. Les bestioles de la terre, les animaux, les gens de la campagne, inspirent, suggèrent de secrets messages qui parviennent à très peu d’entre nous. Je les capte aujourd’hui avec le même esprit que celui de mes plus jeunes années. »

Néanmoins, ce lien intime avec la nature ainsi que cette enfance passée à la campagne dans un cadre de vie bourgeois créent tout de même en lui un premier sentiment d’injustice sociale, une sorte d’obsession « d’être de ceux qui sont couverts d’argent ». Il garde également en lui le souvenir d’une autre femme, Matilde Palacios, première épouse de son père, qui aurait pu, si elle n’en avait pas été empêchée par la mort, être sa mère.

Ainsi, s’il passe son enfance à apprendre les lettres et la musique auprès de sa mère, il s’en veut d’être un « gosse de riches parmi le peuple ». Il se rappelle notamment la l’histoire d’une famille pauvre de son même village, et de la mère de famille qu’il qualifie de « martyr de la vie et du travail. ». Il évoque ce souvenir dans Mi amiguita rudia (Ma petite amie blonde), chapitre de Mi pueblo (mon village ou mon peuple), écrit en 1915. Dès l’âge de quatre ans, il devient l’élève d’Antonio Rodríguez Espinosa, de qui il restera très proche toute sa vie.

Lorsqu’il a huit ans, la famille déménage à Asquerosa, petit village depuis rebaptisé Valderrubio. À cette période, le jeune Federico est alors très entouré. Sa grand-mère, ses tantes, mais aussi ses nourrices veillent sur lui avec tendresse. Elles lui enseignent le solfège, la guitare, la poésie de Victor Hugo, mais également les arts du théâtre de marionnettes ainsi que ceux du jeu de rôle. Il met donc en scène des pièces, crée des vêtements à l’aide de vieux tissus ou de chiffons. C’est de cette époque que va naître son amour pour le théâtre, amour qui ne le quittera jamais. Très tôt, sa mère le considère comme particulièrement talentueux.

Vers dix ans, Federico est envoyé à Almería chez son instituteur Antonio Rodríguez, afin qu’il commence ses études secondaires. Toutefois, une grave maladie à la gorge le laissant mourant le contraint à revenir très rapidement auprès de sa famille. Cette dernière déménage alors définitivement à Grenade en 1909, où le jeune Federico, une fois rétabli, peut reprendre ses études. Il devient bachelier en 1914.

Passionné de musique, il décide pourtant de contenter son père et d’entamer des études de lettres, de philosophie et de droit à l’Université de Grenade. Il y rencontre notamment Manuel de Falla qui exercera une grande influence sur lui. Les 13 et 14 juin 1922, il organise avec lui le premier Concurso de Cante Jondo (Concours de Cante Jondo de Grenade). Le Cante Jondo, « chant profond » en espagnol andalou, est un type de chant flamenco qui désigne les chants les plus anciens et les plus primitifs du répertoire flamenco.

Après ces plusieurs années passées à Grenade, il décide de rejoindre Madrid où il rencontre de nombreux artistes tels que Luis Buñuel, Salvador Dalí, Rafael Alberti, José Bergamín, Guillermo de Torre et Sánchez Mejías. Il fait également la rencontre des poètes de la génération précédente, appelée Generación des 98 (Génération de 98), Antonio Machado et Miguel de Unamumo notamment qu’il évoque dans son premier livre publié en 1918 Impresiones y paisajes (Impressions et paysages). C’est aussi entre 1919 et 1921 qu’il fait la rencontre d’un autre de ses grands prédécesseurs dont il a reconnu sans partage l’influence sur sa pensée et sur son écriture : Juan Ramón Jiménez. Il se lie également d’amitié avec des poètes plus jeunes que lui tels que Gabriel Celaya et Pablo Neruda. Federico devient rapidement l’un des représentants les plus éminents de Generación del 27 (Génération de 27), à laquelle appartenaient nombre de ses amis poètes.

À Madrid, il rencontre aussi Gregorio Martínez Sierra, le directeur du Teatro Eslava, à l’invitation duquel il écrit et met en scène sa première pièce en vers, El maleficio de la mariposa (Le Maléfice du papillon), en 1919-1920. Elle met en scène l’amour impossible entre un cafard et un papillon, avec de nombreux insectes en support. Elle est malheureusement l’objet de moquerie du public, et s’arrête après quatre représentations. Cela refroidit la passion de Federico pour le théâtre pour le reste de sa carrière.

Pendant les quelques années qui suivent, il s’implique de plus en plus dans son art et dans l’avant-garde espagnole. Il publie trois autres recueils de poèmes, dont Romancero Gitano en 1928, son recueil de poèmes le plus connu.

Cependant, vers la fin des années 1920, Federico est victime d’une dépression, exacerbée par une angoisse due à la difficulté grandissante de cacher son homosexualité à ses amis et sa famille. Cette disparité entre son succès comme auteur et la souffrance de sa vie privée atteint son paroxysme lors de la collaboration des deux surréalistes, Dalí et Buñuel, pour le film Un chien andalou de 1929 que Federico interprète, comme une allusion, voire une attaque à son encontre. En même temps, sa relation intense, passionnée, mais non réciproque, avec Salvador Dalí s’effondre quand ce dernier rencontre sa future épouse. Afin d’alléger ces problèmes, la famille de Federico s’arrange pour le faire partir aux États-Unis d’Amérique en 1929-1930, ce qui permettra au poète de prendre du recul après sa séparation récente d’avec le sculpteur Emilio Aladrén et d’écrire le chef d’œuvre Poeta en Nueva York.

Son retour en Espagne en 1930 coïncide avec la chute de la dictature de Miguel Primo de Rivera et la proclamation de la République. En 1931, Federico est nommé directeur de la société de théâtre étudiante subventionnée, La Barraca, dont la mission est de faire des tournées dans les provinces essentiellement rurales pour présenter et diffuser le grand répertoire classique espagnol au plus grand nombre, et notamment auprès des couches sociales les plus déshéritées qui n’y ont habituellement pas accès. C’est ainsi que La Barraca monte, sous la direction sa direction, des pièces de Lope de Vega, Calderón de la Barca, Tirso de Molina et Cervantes.

Quand la Guerre civile espagnole éclate en juillet 1936, il quitte Madrid pour Grenade, même s’il est conscient qu’il va vers une mort presque certaine dans une ville réputée pour avoir l’oligarchie la plus conservatrice d’Andalousie. Un soulèvement franquiste éclate justement à Grenade où il vient d’arriver. Ses idées et son personnage étaient connus de tous, et bien que n’ayant jamais participé à la moindre action politique, il est arrêté chez le poète Luis Rosales, où il a cherché un refuge clandestin.

Il est fusillé le 19 août 1936 tout près de la Fuente Grande que les Maures appelaient la « Source aux Larmes ». Son corps serait toujours enterré dans une fosse commune anonyme, quelque part dans la zone.

Le régime de Franco décide l’interdiction totale de ses œuvres jusqu’en 1953, quand Obras completas est publié dans une version très censurée.

Bibliographie

Poésie

  • Impresiones y paisajes (Impressions et paysages), poésie en prose, 1918.
  • Libro de poemas (Livre de poèmes) 1921.
  • Poema del cante jondo (Poème du cante jondo), 1921.
  • Primeras canciones (Premières chansons), 1922.
  • Canciones (Chansons), écrits entre 1921 et 1924, 1927.
  • Oda a Salvador Dalí (Ode à Salvador Dalí), 1926.
  • Romancero gitano (Romancero gitan), 1928.
  • Poeta en Nueva York (Poète à New York), écrit autour de 1930, 1940.
  • Llanto por Ignacio Sánchez Mejías, Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías, 1935.
  • Seis poemas galegos (Six poèmes galiciens, 1935.
  • Diván del Tamarit (Divan du Tamarit), 1936.
  • Sonetos del amor oscuro (Sonnets de l’amour obscur), recueil inachevé écrit entre 1935 et 1936.
  • Sonnetto del dolce pianto (Sonnet de la douce plainte).
  • La sangre derramada (Le sang répandu), Hommage a son ami le matador Ignacio Sánchez Mejías mort durant une corrida, écrit en 1935.
  • Granada, Elegía humilde, (Grenade, humble élégie).
  • Tierra y Luna (Terre et Lune).

Prose

  • Mi pueblo (Mon village), écrit en 1915-1916.
  • Impresiones y paisajes (Impressions et paysages), 1918.