En terre vaine

Marie Étienne

En terre vaine

Pourquoi pleurer ? dis-tu, tant et tant qu’étonnée je n’évoque
plus rien
Je m’habitue à la douleur et c’est tournée vers toi que je me
pends
des lèvres, en femme qui exulte ou seulement remue, si peu
modeste
Mon corps navigue de côté pour offrir moins de prise,
t’affronter à genoux
à deux mains et de loin, mon corps refuse ou frappe, le tien
dresse des bornes
Et si ton nom substituait le mien, s’il m’écourtait, contre,
dressée
tant et tant que modeste, debout dans ma chemise, je n’évoque
plus rien
et que je me demande : Pourquoi pleurer la terre vaine de
l’amour ?

Marie Etienne

Poème
de l’instant

Poèmes

Autrefois nous parlions de changements.
Et parler de changements
c’était parler d’amour.

Yehuda Amichaï, 1924-2000, Poèmes, Traduit de l’hébreu par Michel Eckhard, Actes Sud, 1985.