En franchissant un col

Philippe Delaveau

Un jour en voiture au sommet d’un col,
j’ai su que c’était ici à l’odeur de l’air.
Arbres purs, épilobes roses, les noms du silence :
mauve et rose quand le vert est sombre.
L’obscurité secrète affirmant son pouvoir.
Puis loin de nous et proches, les sommets dépouillés
de détails pour s’offrir à la brûlure.
Soleil bas, bleu d’un ciel sans demi-mesures.
J’ai su que c’était ici, mais quoi ? l’entrée dans le royaume
entre ces montagnes, le ciel ouvert ou la révélation.
Que sait alors au fond de ces vallées le cœur,
d’un autre col et d’un souvenir ? et je vivais pendant quelques instants
de cette vie, la vraie, ignorant plainte et murmure.
J’étais le vent éteint ou la mésange,
l’herbe en sa propre folie, l’immensité –
je méditais dans ma substance comme dans l’air,
la vérité soudain construit son évidence.

Poème
de l’instant

Bernard Ascal

L’amateur de billes et autres nouvelles grinçantes

Ce désir d’être un jour utile à la société, d’où vient-il ?

Bernard Ascal, L’amateur de billes et autres nouvelles grinçantes, Éditions Rhubarbe, 2021.