Editions Bruno Doucey

On pourrait penser qu’une maison d’édition qui voit le jour n’a pas de mémoire, qu’elle n’est pas encore entrée dans l’Histoire. Ce n’est pas le cas pour les Éditions Bruno Doucey. À leur manière, ces dernières ont déjà une histoire parce qu’elles entretiennent une filiation avec une maison d’édition que j’ai longtemps dirigée, avant de devoir rendre les armes : les éditions Seghers, nées à la fin de la Seconde Guerre mondiale des valeurs de la Résistance et de la Libération. Leur récente mise en sommeil a renforcé ma détermination à créer une maison indépendante, libre de ses options et de sa politique éditoriale.

Une poésie vivante et généreuse, ouverte et offerte à tous, une poésie qui ouvre nos horizons et nous rend plus forts ensemble, voilà la poésie que cette nouvelle maison d’édition veut promouvoir.
Poète, éditeur de poètes, j’entends d’abord faire découvrir les richesses insoupçonnées des poésies du monde. Les premiers livres donnent le ton : les poètes que nous publions proviennent de tous les continents : de France bien sûr, mais aussi des États-Unis, d’Irak, du Canada, d’Haïti… Et nous préparons déjà, pour les années à venir, d’autres voyages autour du monde. À l’heure où la France fait valoir les prérogatives de son Identité nationale, nous tenons à rappeler que la langue française ne possède ni cadastre ni titre de propriété. Elle est un espace libéré des frontières où chaque être repousse les limites de l’horizon d’autrui.

Poésie de combat, en somme ? Oui, dès lors que nous apprenons à métisser nos héritages culturels et humains pour bâtir un nouvel art de vivre ensemble. Et puisque nous rééditerons dès l’automne les poèmes qu’il écrivit pendant la Résistance, laissons à Pierre Seghers le soin de conclure par ces mots :
« Si la poésie ne vous aide pas à vivre faites autre chose.
Je la tiens pour essentielle à l’homme,
autant que les battements de son cœur. »

Contact

Fontaine O Livres
85, rue de la Fontaine-au-Roi

75011

Paris

La mort n'est jamais comme

6 juin 2019

La mort n’est jamais comme

À l’origine de La mort n’est jamais comme, un drame : celui de voir un être que l’on aime, une compagne, basculer dans la folie et n’en jamais revenir. Le livre, qui paraît pour la première fois en 2003, ferait presque oublier ce drame tant il est puissant, vital, organique. Mais les maisons qui portent les couleurs de ce texte – Léo Scheer puis L’Amandier – baissent pavillon, le laissant orphelin d’éditeur. La mort donc, et puis la vie qui lui dame le pion puisque nous faisons renaître ce livre, le goût (…)

15<sup>°</sup> vent de nord-ouest

2 mai 2019

15° vent de nord-ouest

Traduction de Kim Hyun-ja.
Elle affirmait ne pas écrire de la poésie moderne mais ses poèmes parlent souvent des préoccupations de notre temps. Elle disait ressembler à une cantatrice antique qui désire chanter mais laissait sourdre cette « eau de l’âme » qu’on appelle les larmes. Elle vivait à Münster, en Allemagne, mais restait attachée à son pays natal. Archéologue, elle tutoyait des temps immémoriaux mais savait tirer sa joie de l’éphémère. « Sur la flaque d’eau du temps s’était posée un instant une (…)

Comme une promesse abandonnée

2 mai 2019

Comme une promesse abandonnée

Le regard incrédule d’un enfant. Une photo sur le journal. La pauvreté au coin d’une rue. La fatigue des seins de femmes. Un étranger qu’on ne peut accueillir. Ce retour à la haine et à la peur de l’autre… À lire les poèmes de Mireille Fargier Caruso, on est soudain pris par une interrogation sur le sens de nos vies. Que sont devenues les promesses d’un monde meilleur, forgées à l’âge où nous pensions trouver la plage sous les pavés ? Qu’avons-nous fait du monde qui nous a été donné ? Quel héritage (…)

Trois foulées plus bas

4 avril 2019

Trois foulées plus bas

Trois foulées plus bas… Sept ans après son premier recueil, François-Xavier Maigre revient à la poésie en arpenteur amoureux des chemins de la vie. L’enfance est encore là, comme chevillée dans le regard du père qu’il est devenu, mais le monde autour de lui a changé. Le désastre, effleuré au cours de ses voyages de reporter, a aiguisé son regard, tanné sa peau d’homme tendre épris de beauté et de spiritualité, ouvert des brèches dans « la fausse tranquillité » de son existence. Le Proche-Orient et les enfants (…)

Contre la nuit

4 avril 2019

Contre la nuit

« Changer l’abord du jour qui commence » par le poème : tel est le vœu que formule Stéphane Bataillon dans ce recueil écrit pour faire barrage au bruit et à la fureur du monde. À la remontée des haines et à l’asservissement de l’homme par la force des algorithmes. À la tyrannie de la vitesse et aux crispations identitaires. Et s’il emprunte le titre des sections qui composent son recueil à la langue utilitaire, parlant de burn-out ou de limiteur de vitesse, c’est pour mieux dénoncer ce qui fait aujourd’hui (…)

Cité perdue

7 mars 2019

Cité perdue

Avec Marie-Bénédicte Loze.
Dessins d’Ernest Pignon-Ernest
« Il est dit dans le conte que partout s’étendirent la haine et le mensonge. » Les mots par lesquels s’ouvre Cité perdue semblent convier le lecteur à une bien triste aventure humaine : celle où règnent l’égoïsme et la dissimulation, la peur de l’autre et les rapports de domination. Et pourtant chacun rêve de l’exact contraire : l’amour et l’égalité entre les êtres, le goût des portes qui s’ouvrent et des mains qui se tendent, ce « jour d’épaule nue (…)

Aujourd'hui

7 mars 2019

Aujourd’hui

Aujourd’hui débute de façon contemplative. Sapho est à Rome, en résidence à la Villa Médicis. Elle découvre la ville derrière « les pins parasols à coiffure romantique ». Mais tandis que « filent les nuages couleur de vent », le monde bruisse à sa porte. « Mon aujourd’hui n’est pas ton aujourd’hui », écrit-elle. Et l’on comprend que les « dizaines de milliers de secondes » qui s’égrènent génèrent autant d’aujourd’hui qu’il y a d’êtres humains occupés à vivre en même temps. La quiétude des lieux est alors troublée (…)

L'exil n'a pas d'ombre

7 février 2019

L’exil n’a pas d’ombre

Une femme. Un homme. Ils marchent, séparément. Ils ont quitté leur village et traversent le désert pour atteindre la mer. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Pourquoi sont-ils partis ? Nous n’en saurons pas beaucoup plus, mais l’essentiel nous est donné : nous savons que la femme est partie parce que le livre de son enfance a été déchiré et qu’elle est entrée dans le langage. Son exil est celui de toutes les femmes qui tentent dans le monde d’aller vers la liberté, à travers la lecture et l’écriture. Quant (…)

La Beauté

7 février 2019

La Beauté

Janvier et notre émerveillement devant ce qui naît, février et ses carnavals grimaçants, mars et le combat pour sauver le monde… En 2019, c’est sous la forme d’une éphéméride que se décline l’anthologie du 21ème Printemps des Poètes. Beauté du geste, beauté du diable, chant de celui qui va mourir à l’aube, tyrannie du beau : le livre que nous proposons libère une foule d’insurgés et de rêveurs, d’oiseaux bâtisseurs et d’oiseaux migrateurs, de dissidents et de troubadours sur les grèves harassées des temps (…)

C'en est trop

17 janvier 2019

C’en est trop

Hermann Hesse n’est pas seulement l’auteur de romans mondialement connus. Il a aussi livré une œuvre poétique majeure que cette publication nous invite à (re)découvrir. Les textes de jeunesse témoignent de sa difficulté à vivre et de sa révolte contre un milieu familial piétiste. Puis viennent la dénonciation des ravages de la Première Guerre mondiale et l’évocation du mal fait aux hommes. En fait, l’existence entière entre dans les poèmes de cet homme : les crises personnelles et le suivi psychothérapique, (…)

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.