Ecrits et dessins de nuit

Auteur : Virgile Novarina

Ecrits et dessins de nuit

Sur le tard, il lui arrivait de dire qu’il ne voyait jamais d’étoiles fixes et fières dans les ténèbres, ça n on, surtout pas.

Qu’il ne traquait pas non plus les rêves, ces nuages gorgés de la pluie du sens caché, en général assez ventrus, et qui tout à coup s’épanchaient.

Quel e seule chose qui l’aimantait vraiment, c’étaient les éclats, les reflets, les copeaux de lumière qui se déplaçaient sans cesse dans son sommeil, dansaient, tournaient dans tous les sens, infatigables, à une vitesse impensable.

Les fusées.

Les poissons filants.

De l’eau de ses nuits.

Au corps glissant, insaisissable ou presque.

Et il avait pourtant une sorte de plaisir fou à les pister tout en dormant, à réussir à les attraper, à les rapporter sur la berge, à les hjeter là encore chauds :

ils étaient soudain si inouïs et si simples,

si flagrants,

posés là maintenant, sur la page,

que la lumière ordinaire du jour et de l’esprit en était toute chavirée.

Préface de Franck André Jamme

Paru le 29 novembre 2004

Éditeur : Ragage

Genre de la parution : Livre d’artiste

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.