Ecrits et dessins de nuit

Auteur : Virgile Novarina

Ecrits et dessins de nuit

Sur le tard, il lui arrivait de dire qu’il ne voyait jamais d’étoiles fixes et fières dans les ténèbres, ça n on, surtout pas.

Qu’il ne traquait pas non plus les rêves, ces nuages gorgés de la pluie du sens caché, en général assez ventrus, et qui tout à coup s’épanchaient.

Quel e seule chose qui l’aimantait vraiment, c’étaient les éclats, les reflets, les copeaux de lumière qui se déplaçaient sans cesse dans son sommeil, dansaient, tournaient dans tous les sens, infatigables, à une vitesse impensable.

Les fusées.

Les poissons filants.

De l’eau de ses nuits.

Au corps glissant, insaisissable ou presque.

Et il avait pourtant une sorte de plaisir fou à les pister tout en dormant, à réussir à les attraper, à les rapporter sur la berge, à les hjeter là encore chauds :

ils étaient soudain si inouïs et si simples,

si flagrants,

posés là maintenant, sur la page,

que la lumière ordinaire du jour et de l’esprit en était toute chavirée.

Préface de Franck André Jamme

Paru le 29 novembre 2004

Éditeur : Ragage

Genre de la parution : Livre d’artiste

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.