Dix Autres Chants pour continuer de tourner en rond

Auteur : Jean-Luc Parant

Dix Autres Chants pour continuer de tourner en rond

Les yeux, qui ne peuvent entrer en contact avec aucune autre matière que celle dans laquelle ils se projettent, sont le symbole de notre existence de solitaire, coupée de tout, comme brisée et retranchée du reste du monde. Nous ne sommes qu’un fragment inalliable, qu’un débris dentelé et échancré de la matière qui nous entoure, et que l’espace sans fin a défoncé et déchiré pour nous faire naître. Quand le monde est à la taille de nos yeux, nous voyons. Si le soleil dans le ciel est juste à la taille de nos yeux, c’est bien non seulement parce que le soleil est ce que nous voyons de mieux mais aussi ce que nous voyons le plus, et ce par quoi nous voyons.

Paru le 1er juin 2011

Éditeur : La Différence

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Treizième poésie verticale

Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.

Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz, Treizième poésie verticale, traduit de l’argentin par Roger Munier, Librairie José Corti, 1993.