Diogène au potager

Auteur : Louis Dubost

Diogène au potager

Insociable sociabilité,
constatait Emmanuel Kant. La fève déteste l’ail qui déteste le pois qui déteste l’échalote qui
déteste le haricot qui déteste le poireau qui déteste la betterave qui déteste la tomate qui déteste la
pomme de terre (conflit familial entre solanacées !) qui déteste le concombre qui déteste le melon qui
déteste la courge qui déteste etc. On se croirait à l’université d’été des socialistes ou des écologistes !
La friche politique devrait en prendre de la graine : plutôt qu’à un énarque, il serait davantage pertinent
de confier la gestion de l’État à un jardinier.

Le crapaud,
n’est pas seulement beau pour « la crapaude », comme ironisait méchamment Voltaire. Clown
honteux, pataud et pustuleux, il fait écho et donne sens à l’amour du prochain. Le jardinier, mémoire
rageuse et gorge nouée, se rappelle l’apostrophe désespérée : « Heureux crapaud, tu n’as pas d’étoile
jaune » du poète Max Jacob mort à Drancy dans un jardin barbare cerné de barbelés.

Paru le 1er juin 2011

Éditeur : Les Carnets du Dessert de Lune

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Bernard Noël

La Peau et les Mots

je buvais ta sueur
et tu étais le nom de toutes
agile infiniment sur la corde mémoire

et ta pensée est avec moi
dans mon désir de me survivre.
J’ai voulu te dire cela parce que
tu y trouveras la certitude que le
temps ne changera jamais rien
de ce que tu as trouvé en moi.
Bernard Noël, La Peau et les Mots, Éditions P.O.L, 2002.