Des heures froides

Auteur : Marcel Migozzi

Des heures froides

Des heures froides : le titre du recueil de poèmes est éloquent. Car vient un moment où autour de nous la mort râtelle. Vient un moment où s’approche la fin, la dernière.
Écrire avant la nuit, "avant d’éteindre" dit Marcel Migozzi. Écrire pour accompagner ceux qui sont morts, partis, perdus ; ceux qui s’avancent vers cette disparition. La vie qui émane et s’en va de ces heures froides, Marcel Migozzi la peint avec sobriété et lucidité. Au contraire de la froideur, c’est une chaleur qui se dégage, mais retenue, toujours ajustée à son propos, comme un parfum. Le ton de Marcel Migozzi est fraternel, avec juste ce qu’il faut de distance pour goûter cette saveur mortelle où notre condition humaine nous conduit. Marcel Migozzi, une écriture amie.

Paru le 1er septembre 2014

Éditeur : L’Amourier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Autoportrait d’un autre

IL S’ÉTAIT TRESSÉ un masque de fougères qui, le matin même, était encore vert. À présent il était devenu sec et cassant, pauvre armure désormais incapable de le cacher. Les oiseaux plongeaient comme des poignards dans la succion des vagues. Il se rappelait l’accélération de la chute, l’écriture de l’eau autour de son corps. Ainsi était-il resté des heures étendu. Était-il vrai que l’île se fût formée de la sorte, il ne pouvait le dire. Il se rappelait seulement la lenteur après la chute, l’acquittement de la violence qui l’avait libéré, l’étreinte de la mer.

Cees Nooteboom, Autoportrait d’un autre, Traduit du néerlandais par Philippe Noble, Actes Sud, 1994.