Demain dessus demain dessous

Auteur : Henri Meschonnic

Demain dessus demain dessous

« tu es là et je suis là / les yeux fermés du bonheur / pour voir la vie / qui nous passe / demain dessus demain dessous / sans savoir où nous allons » C’est par ces lignes que commence ce recueil. On pense au merveilleux titre d’un recueil posthume de Guillevic : Présent. « tu es là et je suis là » C’est tout simple, et justement non. Nous lisons, et il n’est pas là – et il est là tout autant. Il nous parle tout familièrement, comme au soir d’une belle journée. Et non – ce sont des mots qui nous parlent, rien que des mots. Mais comment se fait-il qu’on l’entende dans ces mots comme s’il était là : la respiration, le ton, la pulsation exacte de la voix ?
Il y a cette magie dans l’écriture qui fait que la mort ne compte pour rien. Il y a cette part de jeu dans l’écriture qui fait que la mort n’est qu’une ruse, pour voir. Voir si on nous cherche, voir si toi aussi tu es là. Car « je suis là », cela ne veut rien dire s’il n’y a d’abord « tu es là ». Il n’y a de vie que dans le passage de toi à moi, d’hier à demain, et de demain à un autre demain. Nous n’en savons guère plus : il y a ce toi, ce demain. Emportés, écrasés par le flux, sans qu’on puisse jamais rien retenir. Sans ménagement la vie nous passe sur le corps. Temps, espace en déroute, sens dessus dessous. Mais aussi cette marche confiante, bras dessus bras dessous, dans l’inépuisable mouvement de la vie.

Paru le 1er avril 2010

Éditeur : Arfuyen

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Coplas

Il n’y a de chemins au ciel,
il n’y a de chemins en mer,
il n’y a de chemins sur terre
que pour seulement cheminer.

José Bergamín, « Coplas », Traduction de L.-F. Delisse, Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.