Déclinaison du temps premier III (extrait)

Véronique Tadjo

(Et je suis maintenant dans un lieu où m’abandonne tout lendemain. La beauté et la vie douce se sont évaporées. Je dois me rendre à l’évidence : Le temps trébuche, nous a délaissés.)

j’aurais pu te perdre
dans la guerre
Ville saccagée
j’aurais pu te perdre
cadavre anonyme
parmi tant d’autres

(Roquette sur le toit de ta maison, vitres éclatées, murs éventrés, débris, poussière de mort. À quelques secondes près, tu l’as échappé belle !)

mort-fratricide
mort-mercenaire
mort-enfant-soldats
de l’amour
il ne reste que le sang

le vent souffle une pluie
acide de mauvaises intentions
je cherche la solitude
qui me conduit aux autres
la surdité
qui m’ouvre les yeux

nous avançons à reculons
et le miroir
nous cache la vérité

Véronique Tadjo, Côte d’Ivoire et France (1955 - )
in Déclinaison du temps premier

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.