De la distraction de Franck André Jamme et Virgile Novarina

Auteur : Franck André Jamme

De la distraction de Franck André Jamme et Virgile Novarina

Collection Ulysse fin de siècle.

De la distraction est la rencontre de subjectivités prises dans leur expression immédiate. Toutes les nuits depuis près de dix ans, Virgile Novarina note, lors de brèves phases d’éveil, et dans l’obscurité totale, des fragments d’idées, des ébauches de dessins, véritables relevés de fugacités, qui lui sont venus à l’esprit dans un profond sommeil. Le lendemain matin, il remet ses "écrits de nuit" au propre, il en éclaircit la graphie, comme si ces pensées fugaces avaient, à la lumière du jour, gagné en netteté.

En regard, Franck-André Jamme a composé une série de tablettes qui en sont comme les correspondances mentales. Si l’écriture de Virgile Novarina, d’abord tremblante avant de se ressaisir comme en un miroir, indique encore la présence de la nuit et la soudaineté de la pensée (ou plutôt de l’intuition), Franck-André Jamme se souvient quant à lui des pratiques de la Rome antique, dans laquelle on retrouvait, sur certaines tombes, des tablettes, sur lesquelles étaient inscrites des maximes ou des pharses fétiches, dont l’objectif était de sceller le passage dans l’autre monde. Les auteurs se retrouvent ainsi dans un "entre deux mondes, celui du jour et de la nuit pour Novarine, delui de la vie et de la mort pour Jamme. L’ouvrage lui-même, dans sa composition, rappelle le lieu "intermédiaire" dans lequel les auteurs situent leurs écrits.

Paru le 1er mai 2005

Éditeur : Virgile/ coll. Ulysse fin de siècle

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Eugenio de Andrade

Blanc sur Blanc

Traverser le matin jusqu’à la feuille
des peupliers,
être frère d’une étoile, ou son fils,
ou peut-être père un jour d’une autre lumière de soie,

ignorer les eaux de mon nom,
les secrètes noces du regard,
les charbons et les lèvres de la soif,
ne pas savoir comment

l’on finit par mourir d’une telle hésitation,
un si grand désir
d’être flamme, de brûler ainsi d’étoile
en étoile,

jusqu’à la fin.

Eugenio de Andrade, Blanc sur Blanc, Traduit du portugais par Michel Chandeigne, Éditions de la Différence, 1988.