Dans l’hiver des villes de Tennessee Williams

Dans l'hiver des villes de Tennessee Williams

La Ménagerie de verre, Un tramway nommé Désir, La Chatte sur un toit brûlant, La Nuit de l’iguane… Tout le monde connaît l’œuvre de dramaturge de Tennessee Williams, exaltée, lyrique, très largement adaptée au grand écran avec la postérité que l’on sait. Pourtant, en privé, l’homme se définissait comme un poète avant tout, un poète solitaire et torturé, inspiré de la lecture de Keats, Shakespeare, Rilke et Rimbaud. Il publia Dans l’hiver des villes en 1956, mais sa célébrité en tant qu’auteur dramatique était déjà telle à l’époque qu’elle ne pouvait qu’éclipser son œuvre poétique. Aujourd’hui, trente ans après sa mort, on comprend à la lecture de ce recueil combien ses vers et son sens poétique abreuvent tout son travail d’écriture, destiné ou non à être mis en scène. Aussi, ses poèmes sont-ils, à l’image de ses pièces, caractérisés par l’intensité de son expression, sa passion de la sincérité, son sentiment de solitude et sa compassion envers les marginaux. À une nuance près : ils apparaissent dans une certaine mesure comme une confession. Contrairement à son théâtre qui se voulait exempt de toute thématique ouvertement homosexuelle, il parvient ici, au moyen de conventions poétiques ou de formes libres, à rendre acceptable le récit de ses expériences avec les hommes, ou de son amour pour Frank Merlo – son compagnon de longue date. « Orphée sous les tropiques », Tennessee Williams écrivit ces poèmes dans le but d’exprimer sa sexualité propre, ce que le théâtre lui interdisait. « Quand les poètes deviennent délibérément des hommes de lettres, nous nous mettons à les lire avec davantage de respect que de plaisir », écrivait-il. La lecture de ce recueil, traduit avec talent par Jacques Demarcq, vient le contredire avec bonheur.
• • •
Né dans le Mississippi, Thomas Lanier Williams II, devenu Tennessee Williams (1911-1983), passe son enfance à Memphis. Après avoir exercé divers métiers, dont celui de scénariste à Hollywood, il s’impose à Broadway avec La Ménagerie de verre (1945). Dès lors, il poursuit une carrière dramatique brillante et féconde. La Chatte sur un toit brûlant (1955), comme grand nombre d’œuvres de Tennessee Williams, doit sa renommée au cinéma, notamment grâce à ses interprètes (Elizabeth Taylor et Paul Newman). Dans Un tramway nommé Désir, ce sont Marlon Brando et Vivian Leigh qui donnent vie à l’écran aux personnages principaux. Mais si célèbre soit-elle, l’œuvre théâtrale de Tennessee Williams n’est qu’une des facettes d’un écrivain qu’à plus d’un égard l’on peut décrire comme l’un de ceux qui ont su le mieux préfigurer le XXIe siècle. Car c’est dans ses romans, ses nouvelles et sa poésie que l’on trouve cette dissection du genre humain où il se montre tour à tour cruel et fraternel pour ses congénères. C’est en cela que Tennessee Williams fut l’un de nos grands « frères humains ».

Paru le 1er mars 2015

Éditeur : Seghers

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Les quatre coins du cœur

Un garçon qui, avec le courage des simples, aimait ce qu’il désirait, admettait ce qui l’émouvait, bref, s’y livrait sans se débattre. Naïvement, comme plus personne – ou si peu – n’en avait la possibilité, le courage ou la simplicité en ce siècle.

Françoise Sagan, Les quatre coins du cœur, Éditions Plon, 2019.