D’où même la voix de Claude Adelen

D'où même la voix de Claude Adelen

"même, cet amour pour une phrase
semblant un instant devoir amorcer
la possibilité d’une sorte de rajeunissement,
l’image ou l’idée d’une beauté, d’une émotion nouvelle
qui donnerait à son âme valeur plus grande"

Une simple consonance vocale,
L’âme. L’amour. Ou un accès
Au point muet de la langue. Un accent
Qui viendrait de l’intérieur du temps. S’il y avait
Un intérieur du temps comme un intérieur
Du corps, si les journées pouvaient s’ouvrir
Comme des chambres. Ou une phrase
Comme la respiration du jardin. Ecrite
Sur le parfum des pivoines. Et qui s’envolerait
D’un livre dont on s’évente.

Paru le 1er novembre 2005

Éditeur : Dumerchez

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Philip Larkin

Où vivre, sinon ?

Est-ce pour maintenant ou pour toujours
Que le monde est pendu à une tige ?
Est-ce pour un rendez-vous ou par ruse,
Ces bois trouvés pour aller faire un tour ?

Est-ce miracle ou mirage
Si vers les miennes se lèvent tes lèvres ?
Et les soleils, comme des balles de jongleurs,
Sont-ils une feinte ou un gage ?

Darde tes feux, mon ange surprenant,
Faisant front de tes seins à la peur coupe court,
Te prenant maintenant, je te prends pour toujours,
Car le toujours est toujours cet instant.

Philip Larkin, Où vivre, sinon ?, Traduit de l’anglais par Jacques Nassif, Éditions de la Différence, 1994.