Coulées d’ombre

Sabine Peglion

Coulées d’ombres où le vent installe des hommes de pierres
drapés de silence Leur regard se dérobe au voile du désert

Il se perd s’enfonce dans la poussière
traverse l’espace - Vers quel horizon -

Rejoindre les traces d’hiératiques dromadaires
ces caravanes de sel d’épices d’ambre
Esclaves ou mercenaires revenant en mirages

A la terre confondus éternels guetteurs d’une aube d’un voyage
Ils attendent Pour eux la solitude habite le temps

Autour de la clepsydre on palabre on invente on distribue les heures
loin de la palmeraie Le chant de l’eau irrigue
la ferveur la confiance en ce jour d’exister

Et les rides s’estompent aux questions de l’enfant
Nœuds de paroles au sable détournées goutte à goutte
l’horloge accorde au temps la vibration acide des semences levées

Sabine Péglion

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.