Comme si on me suit…

Ismaël Savadogo

Comme si on me suit
j’entends par moment un bruit
dans mon dos.

Je me retourne mais vois juste
qu’il n’y a que la terre qui effectue des rondes
au pas des portes et derrière les fenêtres
où elle s’attarde quelques minutes
puis continue.

Ainsi on écrit un poème
d’une certaine façon en ne l’écrivant pas
comme cette route qui s’avance.

Elle le fait comme d’habitude
en tenant juste une bougie allumée qui l’éclaire.

Pour tout savoir d’une rive
en étant sur l’autre, je dis attendre encore
l’âge où je serai recouvert de sable.

Je suis né alors s’oublie dans la parole
de plus en plus vite.
Il n’est pas dévolu à l’ombre
mais brouille seulement les mots.

Ismaël Savadogo, inédit offert au Printemps des Poètes

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.