Comme si on me suit…

Ismaël Savadogo

Comme si on me suit
j’entends par moment un bruit
dans mon dos.

Je me retourne mais vois juste
qu’il n’y a que la terre qui effectue des rondes
au pas des portes et derrière les fenêtres
où elle s’attarde quelques minutes
puis continue.

Ainsi on écrit un poème
d’une certaine façon en ne l’écrivant pas
comme cette route qui s’avance.

Elle le fait comme d’habitude
en tenant juste une bougie allumée qui l’éclaire.

Pour tout savoir d’une rive
en étant sur l’autre, je dis attendre encore
l’âge où je serai recouvert de sable.

Je suis né alors s’oublie dans la parole
de plus en plus vite.
Il n’est pas dévolu à l’ombre
mais brouille seulement les mots.

Ismaël Savadogo, inédit offert au Printemps des Poètes

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.