Cimetière d’étoiles

de Louise Lereuil et Thibault Poiron

Cimetière d'étoiles

Ce recueil poétique, composé à quatre mains, s’inspire du cut-up, technique qui consiste à découper des fragments de textes originaux et à les assembler pour créer un texte nouveau. Les auteurs du présent ouvrage ont prélevé dans des dizaines de textes littéraires très divers (romans, poésies, pièces de théâtre, essais, correspondances) des fragments qu’ils ont nouvellement agencés pour créer soixante-deux poèmes empreints d’une lancinante mélancolie.

Louise Lereuil est née à Rouen en 1991. Diplômée de l’Institut Saint-Luc de Tournai en Belgique, elle a fait de la peinture son activité principale. Elle a exposé notamment à Paris, Rouen, Strasbourg.

Thibault Poiron est né à Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime) en 1987. Poète, ouvrier, diplômé en psychologie et en lettres modernes, il a déjà publié deux recueils poétiques sous le pseudonyme de Paul Botthorini.

Paru le 1er septembre 2019

Éditeur : Voix d’encre

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.