Chut… suivi de Rouages

Auteur : Vahé Godel

Chut… suivi de Rouages

Livre après livre, en un demi-siècle de pratique ininterrompue de la poésie, Vahé Godel – homme errant dans l’entre-deux des origines, des langues et des cultures, en quête d’une identité incertaine et fuyante – semble avant tout préoccupé de lâcher du lest : à Coupes sombres (1974) font ainsi écho, quarante ans plus tard, Rien (ou presque) et ce dernier titre émouvant : Chut…, comme un doigt posé sur la bouche.
On n’est pas impunément issu (même à demi) d’un peuple qui manqua de disparaître de la carte, ni d’une mère arménienne qui vécut la déportation. La question identitaire (qui suis-je ?…, ou Qui parle ? que voyez-vous ? – titre d’un récit paru en 1982, auquel succédera Ov : « qui ? », en arménien), mais aussi l’hybridité des formes et le jeu avec la (les) langue(s) sont les signes particuliers de cette écriture fragmentaire, en perpétuelle interrogation, traversée
dès l’origine par l’obsession de la mort et du vide.
À parcourir ce recueil qui juxtapose poèmes de jeunesse et inédits récents, on est frappé à la fois de la disparité formelle (bien qu’ici comme là, le poème se révèle profondément travaillé
par la répétition, au sens musical du terme) et de la constance d’inspiration : familiarité du souterrain et des entrailles – mais aussi quête de l’ouvert, du passage ; transgression des frontières ; hantise de la trace et du moi, qui se démultiplie en il / je / tu alternés… Et c’est comme si, des premiers poèmes aux derniers, les deux extrémités d’une vie se serraient la main.

Sylviane Dupuis

Paru le 1er septembre 2014

Éditeur : Editions Empreintes

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Olivier Barbarant

Essais de voix malgré le vent

Voilà dix ans que je tente passer la rampe sans trop forcer les choses ni les mots gaspillés
Tant que faire se peut à éviter les coups de glotte ou le leurre d’en rajouter
Dix ans à prendre les pages pour cet étrange mégaphone où le murmure porte au loin sans briser si possible sa première douceur
À croire qu’avec le livre ouvert c’est le frisson qui se propage et qui peut-être se survit

Dix ans à vous prêter entre mon corps et l’ombre ce bruit de branche agitée qu’un jour vous aussi avez entendu
Sans toujours songer à le dire si bien que je le fais pour vous
Rêvant des phrases et formes de remords comme une mûre dans les ronces
Rompant lentement le silence jusqu’à nos lèvres écorchées
Pour faire place au peu de jours de vous à moi qui nous rassemble.

Essais de voix malgré le vent, Éditions Champ Vallon, 2004.