Christiane Veschambre

Christiane Veschambre vit à Paris, où elle est née, ainsi qu’aux Pâtureaux Renards, dans la Combraille bourbonnaise.
Elle participe à des rencontres et lectures publiques.
Elle a été en résidence à Chateldon (Puy de Dôme) en 2003.
Elle anime des ateliers d’écriture, en milieu scolaire, universitaire, également dans le cadre des activités de la Scène Nationale d’Evreux – et aussi hors institution.
Elle a co-fondé et animé les revues "Land" (1981-1984) et "Petite" (1995 – 2005).

Extrait

Avant de devenir muette, je ne savais pas lire la poésie. Je me souviens que le poème se déroulait au-devant de moi, comme de l’autre côté d’une infranchissable fenêtre. Au mieux, la poésie m’impressionnait. Je pensais n’être pas suffisamment intelligente pour elle.

À présent, il me semble au contraire qu’elle est consentement à la simplicité. Qu’elle ne demande, à celui qui la lit, que de s’abandonner. De se quitter.

Je choisis des textes de langue étrangère. Sur la page de gauche est imprimé le poème dans sa langue, sur la page de droite dans sa traduction. Et chaque matin je lis un poème, ou deux, à haute voix. Je veux dire : à haute voix intérieure et parfois même, pour la langue du poème, en remuant mes lèvres et disposant ma bouche comme pour la proférer. Car, même si je suis impuissante à la faire sonner, la langue continue de vivre en moi. Et de sentir ainsi l’espace intérieur de ma bouche varier suivant les sons de la langue étrangère, ceux qu’aucune habitude ne m’a rendus familiers, me redonne, plus fort qu’avant, le sentiment de la chair du langage. Après seulement j’en viens au poème traduit. Le sens alors offert me semble l’enfant possible, parmi d’autres, de ma première et charnelle lecture.

Il m’arrive même depuis quelques jours une chose étrange. J’ai entrepris la lecture de poèmes russes. Je ne connais rien au russe et les vers sur la page de gauche, alignant les lettres d’un alphabet qui m’est inconnu, étaient appelés à rester entièrement silencieux pour moi. J’ai cependant obstinément commencé chaque matin par parcourir des yeux, guidée par la longueur de chaque vers, la coupe des mots et le signe de ponctuation, la page de gauche avant de me rendre à celle de droite. Et peu à peu j’ai eu l’impression d’entendre le poème, de le lire vraiment en russe, comme si faire ainsi confiance portait sa récompense : sur la page de gauche, le poème m’ouvre à un secret dont, sur la page de droite, je découvre une incarnation.

Extrait de Les mots pauvres, Éditions Cheyne.

Bibliographie

  • Basse langue, Éditions isabelle sauvage, 2016.
  • Chaque pas du temps, Éditions Contre-allées, 2012.
  • Versailles Chantiers, Éditions isabelle sauvage, 2014.
  • Passagères, Éditions Le Préau des collines, 2010.
  • Après chaque page, Éditions Le Préau des collines, 2010.
  • Robert & Joséphine, Éditions Cheyne, 2008.
  • La ville d’après, suivi de À propos d’écrire, Éditions Le préau des collines / Scène nationale d’Evreux, 2007.
  • La maison de terre, Éditions Le préau des collines, 2006.
  • Haut jardin, Éditions Le préau des collines, 2004.
  • La Griffe et les rubans, Éditions Le préau des collines, 2002.
  • Les Mots pauvres, Éditions Cheyne, 1996.
  • L’annonciation, livre-objet en collaboration avec Maia Bild, 1992.
  • Passagères, Éditions Ubacs, 1986.
  • La bambina e la marionetta in Pinocchio nel paese degli artisti, Éditions Mazzotta, 1982.
  • Orées in Manger, ouvrage collectif, Éditions Yellow Now, 1980.
  • Le Lais de la traverse, Éditions des Femmes, 1979.
    Le numéro 6 de la revue Le préau des collines a consacré un dossier à l’ensemble de son travail.

Au théâtre

  • Haut jardin, lecture-concert, avec Sophie Agnel, à l’Atelier du Plateau, en 2005.
  • Les Mots pauvres, mise en espace à la Scène nationale d’Evreux en 2002.
  • Le Lais de la traverse, adaptation au Théâtre du 8ème, 1982.
  • Sax domine (éditions Sallabert, 1981), musique de Bernard Cavanna, création au festival d’Avignon en 1981.

Jacques Falguière a mis en scène, en 2008, Robert & Joséphine, poème narratif issu d’une commande de la Scène nationale d’Evreux.