Chaque bonheur n’a qu’une page (extrait)

Philippe Delaveau

EACH JOY HAS BUT ONE PAGE

Translated in american
by Josh WATSKY

1
L\’âne avec son odeur pelée sur le chemin d’enfance
Le pavot lourd oscille sur sa tige flexible
le soleil et la pluie ne négligent aucun arbre
Qui seras-tu ?

Raw mule odor childhood path
Laden poppies swaying stems
No tree untouched by sun or rain
Who will you be ?

6
L’arbre à terre a jeté
ses suppliants poèmes
Nul d’entre nous
ne sait les lire

Earthbound trees have tossed
Their imploring poems
Whose words none
Here can decipher

8
Va dire aux peupliers : je sais
le rythme. Il n’y a pas à craindre
La rivière assagie a soin de ses limites
Le signe de l’oiseau scelle entre nous l’alliance

Go and tell the poplar : I know
The rhythm. One need not fear
Wise rivers know their place
A dove, our covenant sealed.

10
Ce pays, quand on le quitte, on pressent tard
le secret qu’il cachait. La paille offre un siège
à ton dos, voyageur, accroupis-toi sur les talons
Contemple et lis. Chaque bonheur n’a qu’une page

This land, departing, a final sense of
Things long hidden. Straw, a respite
For your back, traveler, crouch upon your heels
Gaze and read. Each joy has but one page.

Poème
de l’instant

Pierre Oster

Paysage du Tout

Le désir de sentir qu’une main très habile gouverne l’économie du poème, ce désir-là est délié, ailé. Il grandit.

Pierre Oster, Paysage du Tout, « Alchimie de la lenteur », 2020.