Chants orphiques de Dino Campana

Chants orphiques de Dino Campana

Traduit de l’italien et préfacé par David Bosc

L’AUTEUR : Né en 1885, l’écrivain italien Dino Campana a connu un destin tourmenté et tragique qui fait de lui un véritable “poète maudit”. Interné à plusieurs reprises à la suite de graves désordres psychiques, il passe ensuite plusieurs années en perpétuels vagabondages. En 1914, il tente de faire publier ses Chants orphiques, qui paraissent finalement à compte d’auteur. Il est définitivement interné en
1918 et meurt en 1932 à Castel Puci, près de Florence.

LE LIVRE : La vie désordonnée et aventureuse de Dino Campana se reflète dans les visions hallucinées de ces Chants orphiques, qui oscillent entre journal de voyage et rêverie contemplative. Alternant vers et proses lyriques, ce recueil à la structure fragmentaire est un mélange d’amples suites quasi symphoniques comme La Nuit et de fines notations comme celles du journal intitulé “La Verna”.
Témoignage lyrique d’un Orphée sorti des Enfers, ces Chants puisent leur force dans l’éclat d’une parole proche d’une nature érotisée, où rayonnent entre les illuminations de violence, la grâce d’instants apaisés par le souvenir de l’enfance, le sourire de la Muse, la solitude d’une marche. En réussissant à fondre la tradition poétique italienne et la modernité, Dino Campana a livré avec Les Chants orphiques une œuvre phare de la poésie italienne.

EXTRAIT : “Je me rappelle une vieille ville, rouge de murs et tourelée, brûlante sur la plaine illimitée dans l’Août torride, avec la lointaine fraîcheur de collines vertes et molles sur le fond. Arcs énormément vides de ponts sur le fleuve marécageux en maigres stagnations plombées : silhouettes noires de bohémiens mobiles et silencieuses sur la rive : à travers l’éblouissement lointain d’une cannaie, lointaines formes nues d’adolescents et le profil et la barbe judaïque d’un vieux : et soudain, du milieu de l’eau morte, les bohémiennes et un chant, du marécage atone, une cantilène primordiale monotone et irritante : et du temps fut
suspendu le cours.”

Paru le 1er mars 2006

Éditeur : Allia

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.