Chants de jalousie de Göran Tunström

poèmes traduit du suédois par Nancy Huston et Lena Grumbach

Ce n’est pas de jalousie amoureuse qu’il s’agit dans ces chants du romancier suédois. Il s’agit des affres d’un homme qui observe, envie, imite et convoite la folie de sa femme. Ceux qui connaissent l’oeuvre romanesque de Göran Tunström pourront voir Chants de jalousie comme un chemin de traverse sur la voie royale de l’écrivain, qui finira par le conduire aux grands romans de la maturité.
Pour les autres, maintes et maintes images épinglées par la plume de
l’écrivain feront mouche et déclencheront la reconnaissance, dans
les deux sens du terme, familiarité et gratitude.
(extraits de l’avant-propos de Nancy Huston.)

Paru le 1er avril 2007

Éditeur : Actes Sud

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage