Cérémonie du trottoir

Dominique Sorrente

CÉRÉMONIE DU TROTTOIR

Le balayeur du dimanche
est celui qui ne ramasse plus les feuilles
et les feuilles ne sont pas mécontentes
d’avoir une journée de repos
pour s’allonger sur le dos
sur le tapis d’or d’octobre,

et la pelle du lundi
n’est pas mécontente, non plus,
de rester muette à sa place
bien au chaud dans son abri
en attendant sa tournée de pluie,

et le balayeur du dimanche
n’est pas fâché
que tout ce petit monde
prenne le temps de s’arrêter
pour regarder passer
le vol somptueux des oies blanches.

Écouter ci-dessous le poème dit par un élève du lycée Saint Lô Thère de Le Hommet d’Arthenay.

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.