Carnet d’au bord de Sophie G. Lucas

Je travaille, je lis, j’organise ma nouvelle vie, je me

fais de précieux amis. Mais lorsque je me regarde

dans le miroir, il y a un trou à la place de mon visage.

Je prie sans prier. Je ne demande rien. Je suis juste

reconnaissante que mes mains puissent ressentir

l’écorce des arbres, l’humus de feuilles et d’aiguilles

de pins.

Mes mains inutiles mais vivantes, loin de moi.

Je n’entends plus la musique que font les mots entre
eux.
L’air ne vient pas.

Une journée presque à ne pas être soir.

Les cloches de la basilique.
Et la promesse d’une neige qui ne vient pas.
S’accrocher même aux faux espoirs.

Vain.

J’ouvre un livre de poésie au hasard.
Je creuse le lever du jour.

Paru le 1er juin 2013

Éditeur : Editions Potentille

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

L’Impossible

La poésie révèle un pouvoir de l’inconnu. Mais l’inconnu n’est qu’un vide insignifiant, s’il n’est pas l’objet d’un désir. La poésie est moyen terme, elle dérobe le connu dans l’inconnu : elle est l’inconnu paré des couleurs aveuglantes et de l’apparence d’un soleil.

Ébloui de mille figures où se composent l’ennui, l’impatience et l’amour. Maintenant mon désir n’a qu’un objet : l’au-delà de ces mille figures de la nuit.

Georges Bataille, L’Impossible, Éditions de Minuit, 1962.