Capharnaüm de Mandin

Capharnaüm de Mandin

Je ne doute pas que mon impertinence « d’utiliser » René Char, surprendra plus d’un visiteur… mais si un poète doit laisser des traces (des poèmes comme les tesselles d’une mosaïque) il ne doit pas pour cela déposer ses empreintes dans les rêves d’un autre, fut-il son père ou son mentor. René Char est mon ami, mon amitié (dans un seul sens pour cause de décalage horaire) s’est tissée en le lisant, nous nous sommes parlés… les poètes ont des silences qu’eux seuls peuvent entendre. D’autres sont aussi mes amis, sans oublier Bach ; mais comme un bateau je ne suis pas amoureux des vagues, elles me portent, me dirigent et en fin de compte m’échouent. Ma coque ne prend pas l’eau et mon tirant n’est pas obsessionnel.
Capharnaüm est un capharnaüm au sens propre, c’est-à-dire un bric-à-brac, un souk, une brocante… tout simplement un homme ! Qui rentrerait chez lui sans y être invité, pour chercher… rien de particulier, rien de réel, une vieille émotion cabossée, une idée pour sourire. Toute cette poussière qui recouvre ses souvenirs et autres élucubrations, est gris doré, c’est de la poésie brute, originelle, déposée-là par des receleurs nommés Char, Baudelaire, Eluard et tant d’autres et par vous aussi Orizet.
René Char n’a-t-il pas écrit dans les Feuillets d’Hypnos : « N’étant jamais définitivement modelé, l’homme est receleur de son contraire. »
Je ne suis qu’un farfouilleur poétique qui cherche un poème pas encore écrit… pas encore lu… je chine dans les émotions une idée pas trop abîmée.

Paru le 1er décembre 2011

Éditeur : Lanore

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.