Cahiers de la rue Ventura

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Chez Claude Cailleau
9 rue Lino Ventura

72300

Sable-sur-Sarthe

N°3

1er juillet 2009

N°3

Sommaire
Dossier Marcel Arland
Remarques sur les ambivalences du poème par Robert Nédélec
Six poètes : Olivier Shesne, Jean-Louis Bernard, Joël Poiret, Gilles Baudry, Beranrd Grasset, Gilles Lades
Le journal de travers de Michel Passelergue
Notes de lectures de Jean-Marie Alfroy, Christiane de Turckheim, Jeanne Maillet, Jean Pichet, Claude Serreau

Poème
de l’instant

Lettres à Sophie Volland

10 juillet 1759,

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ?

Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland.