C’est nous les Modernes

Auteur : Franck Venaille

C'est nous les Modernes

Ni anthologie, encore moins manifeste, C’est nous les Modernes dit clairement ceci : voici ceux qui comptent pour moi, voilà les villes, les pays, les atmosphères, les écritures qui m’ont marqué. Le choix des écrivains ici réunis s’est, en quelque sorte, imposé de lui_même à partir de la lecture (ou de la relecture) de libres qui m’accompagnent parfois depuis cinquante ans. Je n’hésite pas à dire ce que je dois à l’un, ce qui m’a marqué chez un autre. Tout, dans C’est nous les Modernes, témoigne que la passion littéraire est bien ce qui motive un homme qui, par sa fréquentation des livres (Verlaine, Jules Laforgue, Jouve, mais également Pascal Commère, Emmanuel Moses et William Cliff) est depuis toujours attentif à ce qui fait la poésie d’aujourd’hui.

Paru le 1er octobre 2010

Éditeur : Flammarion

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.