Brunius et le cinéma par Alain Keit

Brunius et le cinéma par Alain Keit

Collection « Le cinéma des poètes »
dirigée par Carole Aurouet

À force de passer leur vie à traquer l’invisible, certains poètes risquent par un pervers mécanisme de devenir eux-mêmes peu visibles, cachés par leur propre ombre. D’autant plus si cette ombre est grande et étendue. Révélateur, éclaireur, cinéphile précieux, théoricien précis, comédien, cinéaste, monteur, traducteur& Jacques-Bernard Brunius reste aujourd’hui encore mal identifié par le tout-public. Son nom et l’ampleur de son travail sont respectés, admirés par ses pairs ; celles et ceux qui le reconnaissent n’ont nul besoin qu’on leur rappelle que, Brunius, « c’est l’homme au maillot rayé qui gambade après Jane Marken dans de Jean Renoir ou le client qui réclame un béret français dans de Pierre Prévert ». D’ailleurs ces repères ne servent pas à grand-chose. Sa silhouette longiligne et sa voix un peu traînante ne disent rien des films qu’il a écrits et réalisés, de ses critiques, de ses découvertes, de son action au sein du groupe surréaliste, de son constant combat pour révéler la modernité des avant-gardes ou dénoncer leur imposture. Ce travail s’attardera principalement sur les films de Jacques-Bernard Brunius, leurs grandes respirations et inspirations surréalistes, leurs lignes droites, brisées, courbes ; lignes à l’image des chemins qu’il a tracés et suivis.

Alain Keit est conférencier et directeur du Cinéma Jacques-Brel à Garges-lès-Gonesse (Val d’Oise). Il est l’auteur de plusieurs livres de cinéma dont et publiés en 1999 et 2010 aux éditions du Céfal. Il prépare une étude sur de Roman Polanski pour les éditions Yellow Now, avec lesquelles il a codirigé en 2011 - avec Jacques Deniel et Marcos Uzal - l’ouvrage collectif .

Paru le 1er avril 2016

Éditeur : Jean-Michel Place

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.