Bogolan

Auteur : Julien Delmaire

Bogolan

Le bogolan est un tissu traditionnel teint suivant une technique ancestrale utilisée en Afrique de l’Ouest. Le bogolan est le réceptacle d’une énergie vitale, il est notamment utilisé pour protéger les jeunes circoncis.
Un homme revient dans le quartier de sa jeunesse. Il a traversé des océans de mépris, il s’est fourvoyé aux mirages de l’Europe. Il reconnaît les rues de son enfance, les parfums, les couleurs immuables. Quelque chose a changé en lui, une plaie s’est infectée, il colporte trop d’amertume et de rêves déchus, l’alcool n’arrange rien, et le voilà perdu au milieu des vestiges de son passé. Les voisins le fuient comme une lèpre et l’homme dérive, étranger dans sa propre ville. Seule demeure, fidèle comme une ombre, la tendre figure de sa mère, qui le réchauffe dans la solitude des nuits sans fond.
En quarante poèmes, se dessine un quartier, Thiaroye, faubourg populaire de Dakar au Sénégal. Quarante fragments comme des tableaux psychédéliques, quarante chorus pour reconstituer la mémoire d’un homme blessé, d’une ville pauvre qui hurle sa fierté dans une partition de jazz solaire.
Bogolan est un texte à la fois hermétique et familier, un chant d’une suffocante modernité.

Paru le 1er mars 2015

Éditeur : Le Temps des cerises

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage