Bestiaire latéral de Maurice de Gandillac

Sous la direction de Jean Ricardou, des ateliers d’écriture ont commencé à la suite de recherches autour de la textique.
Le plus fervent élève est Maurice de Gandillac qui publie sa première oeuvre soumise à des contraintes formelles à propos d’une quantité d’animaux imaginaires. Il dénoue ses contraintes légèrement et produit 81 textes de 9 vers chacun, le nombre de lettres du mot ‘bestiaire’, un bestiaire dit latéral, dont les titres sont des anagrammes. Le livre sort l’année de ses 99 ans et le numéro d’isbn du livre porte, lui-même, le chiffre 99.
Sur la couverture : un dessin de Myriam Labadie.

Maurice de Gandillac, né dans le Périgord en 1906. Philosophe et germaniste, maître de conférence puis professeur à la Sorbonne ; plusieurs fois membre de la commission de recrutement des agrégés. Participant aux activités de la Société internationale pour l’étude de la philosophie médiévale, il a donné des enseignements universitaires au Caire, à Montréal, à Rome… Traducteur de plusieurs grands philosophes allemands, auteur d’une douzaine de livres de philosophie, notamment : La dialectique de Maître Eckhart, PUF, 1933 ; La philosophie de la Renaissance, 1973, « Pléiade », Gallimard ; Le siècle traversé, Albin Michel, 1998. (Voir Bio-bibliographie à la fin du volume.)

Jean Ricardou est né à Cannes en 1932. Romancier et critique, membre du comité de rédaction de la revue Tel quel, il est considéré comme le théoricien et le chef de file du Nouveau Roman. Il dirige un séminaire annuel de textique à Cerisy depuis plusieurs années. Il a publié entre autres : Le théâtre des métamorphoses, Seuil, collection "Fiction & Cie", 1982 ; Problèmes du Nouveau Roman, essais, Seuil, 1967 ; Pour une théorie du Nouveau Roman, essais, Seuil, 1971 ; et dans Que peut la littérature ? rencontre de la Mutualité 1984 avec Simone de Beauvoir, Yves Berger, Jean Pierre Faye, Jean-Paul Sartre, Jorge Semprun, UGE, 1965.
Extrait

"LE TARIBISÉE

Le taribisée, bête errant à Bombay, exilée en des
Terres arides, besognant comme une esclave, transbahute d’antiques
Carrioles rafistolées, qui, trimbalant toutes sortes de bricoles bizarres,
Lui imposent neuf fois neuf transferts harassants et inutiles.
Très brutalement traitée, elle turbine, infatigable, souffrant sans protester
L’insolence d’enturbannés qui, à l’abri, indolemment
Paressent sous leurs riches tentures indiennes, ratiboisant en secret
Les effarants trésors des rajas ; elle, triste haridelle épuisée,
Veut espérer encore qu’interviendra enfin, bienfaitrice, la tirebasie."

Paru le 15 juin 2005

Éditeur : Atelier de l’agneau

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.