Baudelaire par Robert Kopp

Collection Découvertes Gallimard. 160 pages - 13,00 €

« J’ai pris de la boue et j’en ai fait de l’or ». Baudelaire est le premier poète du monde « moderne ». Le nôtre. Un « vilain monde » qui « va finir » car il n’a plus rien à faire sous « le ciel ». Un monde où le culte du progrès et la passion de l’argent ont « atrophié en nous la partie spirituelle », où la mécanique nous a tellement « américanisés » que rien parmi « les rêveries sanguinaires » des utopistes n’atteint les horreurs de la réalité positive. Un monde où la « beauté » n’a plus cours. À moins que l’artiste ne puisse l’extraire du Mal, la faire apparaître sous forme de « beauté interlope », tel un « soleil agonisant », brillant d’une « splendeur triste ». Condamné pour Les Fleurs du Mal par la justice de son temps, vivant comme un paria, Baudelaire - comme le montre ici Robert Kopp - a fait de l’art son idéal, mais il ne croit plus au pouvoir rédempteur de la poésie. Le soleil noir de la modernité est aussi celui de la mélancolie.

BAUDELAIRE. Le soleil noir de la modernité [2004], 160 pages, ill., sous couv. ill., 125 x 178 mm. Collection Découvertes Gallimard (No 456), Gallimard -doc. ISBN 2070314146.

Paru le 9 septembre 2004

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Yves Bonnefoy

Poésie et photographie

Mais quand le soleil baisse, une joie confuse, une joie de tout mon corps m’envahit. Je m’éveille, je m’anime. À mesure que l’ombre grandit, je me sens tout autre, plus jeune, plus fort, plus alerte, plus heureux. Je la regarde s’épaissir, la grande ombre douce tombée du ciel : elle noie la ville, comme une onde insaisissable et impénétrable, elle cache, efface, détruit les couleurs, les formes, étreint les maisons, les êtres, les monuments de son imperceptible toucher.
Alors j’ai envie de crier de plaisir comme les chouettes, de courir sur les toits comme les chats ; et un impétueux, un invincible désir d’aimer s’allume dans mes veines.

Yves Bonnefoy, 1923-2016, Poésie et photographie, Éditions Galilée, 2014.