Battant de Bertrand Degott

Battant de Bertrand Degott

Il suffit d’observer que l’auteur habite la rue Battant, à Besançon, pour imaginer déjà combien l’usage des jours préside à son inspiration : "Il a fait froid ces derniers jours à Besançon,/ si froid qu’avec la bise le beau temps persiste / mais c’ets l’hiver…"

Le ton, on le voit est élégiaque, la forme respectueuse d’une grande tradition prosodique, de la ballade au sonnet, mais ici aussi, comme chez Cliff, l’aujourd’hui subvertit le passé, le transcende et le déchire - car nous sommes déchirés : "Je pense à toi (William) car l’anecdote aurait pu sortir de tes poésies, oui la leçon d’un monde est permanente, on la dit sans seconde, mais certains ne l’entendront jamais pour de vrai."

Les poètes se retrouvent car il s’agit icid’une adresse à William Cliff, et ce n’est pas le signe de reconnaissance d’une société secrète qui les réunitmais une parenté familière, une mélancolie partagée, etle recours aux mêmes inspirateurs- le monde tel qu’il est, et les grands aînés qui sont garants : "… car on a tous affaire à la douche automnale/aussi bien qu’au soleil - et je pense à Nerval en crise, au soleil noir qui lui dévorait l’âme."
Comme chez tous les élégiaques, le quotidien nourrit le poème, et la nostalgie est un puissant moteur. Mais pas de "tour d’ivoire" - au contraire. La vie est là - ni simple, ni tranquille - familière et cependant sans cesse surprenante, sans cesse, au sens fort, "dérangeante et dérangée" :
"Oui ce monde est fragile et peu fait pour la joie/on a tant de raisons, crois-tu pas ? d’en finir/ c’est qu’il suffit d’un rien quand le soleil rougeoie/ pour volatiser le monde ou le bénir."

Bertrand Degott est né à Colmar en 1955. Il est professeur dans l’enseignement supérieur à Besançon. Il a publié deux livres de poésie aux éditions Gallimard et de nombreux texets dans de srevues comme La Passe-Muraille, et les Belles-Lettres.

Paru le 9 février 2006

Éditeur : La table ronde

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Juneau

Had I been there
Looking across at the glacier
And wondering why it recedes
And does not advance,
I would surely have gone
To the little cafe on the wharf
And lunched on fresh halibut.
I would have been
Where I ought to have been,
In my mind, fishing deep waters.

N. Scott Momaday, « Juneau », apulée, Éditions Zulma, 2021.