Anthologie bilingue de la poésie créole haïtienne de 1986 à nos jours

Anthologie bilingue de la poésie créole haïtienne de 1986 à nos jours

“Aujourd’hui, nombreux sont les auteurs qui sont originaires des milieux populaires, qui ont grandi dans les quartiers défavorisés de Port-au-Prince ou d’une autre ville, qui ont vécu la sale vie des rues qui ne dorment pas, des maisons surpeuplées, croisé les cadavres abandonnés des anonymes assassinés. Ils amènent à la littérature, à la poésie, un autre ressenti. Le ressenti de celles et de ceux qui n’ont pas grandi dans les bibliothèques, qui n’ont pas connu l’époque où des parents bienveillants et conservateurs disaient à leurs fils : « Mais pourquoi perdre ton temps à écrire en créole ? » Ils amènent à la littérature des amours qui ne sont pas nées dans les livres, des colères et des désespoirs, des espoirs aussi, qui sont leur ventre même, leurs plaies vives et leurs paris intimes. Ils amènent aussi un autre rapport à la langue. […]
Le créole réalise collectivement par la poésie depuis 1986 un geste de re-création de l’Être haïtien, de réappropriation de la parole profonde, vivante, en créant une langue, en créant la langue vulgaire, au sens de cette langue vulgaire italienne que Dante créa, en s’en saisissant et créant par là même sa langue littéraire : devenant comme l’un des phares, il montre l’horizon que devra conquérir chaque langue littéraire.”
Mehdi Chalmers
Lyonel Trouillot
(extrait de la préface)
Les poèmes composant la présente anthologie ont été rassemblés et traduits par les membres de l’Atelier Jeudi soi, Mehdi Chalmers, Inéma Jeudi, Chantal Kénol, Jean-Laurent Lhérisson et Lyonel Trouillot, à l’exception de certains d’entre eux, traduits par leurs auteurs. Cet ouvrage a pour vocation de faire entendre les voix de plusieurs générations de poètes vivants et de saluer la mémoire de prestigieux disparus tels rené Philoctète et Pierre Lajoa.

Paru le 1er octobre 2015

Éditeur : Actes Sud

Genre de la parution : Anthologie

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.