Anges sur la ZUP

Marc Alyn

La nuit colle à la peau, mais la haine tient chaud
en ses mailles tenaces
Dans la Zup interdite où la Parque ne plonge
Que pour de vastes coups de filet au profit des
trafiquants d’organes.
Le lieu grouille de dieux-requins et d’anges nécrophages.
De tous les coins du ciel chutent des funambules,
Des bouchers en lévitation que la Grâce, hélas,
abandonne en plein vol
Et qui roulent au vide, écornés de blasphèmes
Jusqu’au dernier sous-sol où le rat se sent seul.
Les mendiants menaçants ont des mains bleues de rides
Où s’inscrivent des destins d’emprunt à taux zéro.
L’enfant repasse ses leçons, la mère le linge de famille
et le père ses couteaux.
Mais qui se soucie de recueillir la confession publique
des oiseaux ?
Le petit jour livre le lait en étouffant ses pas
dans le brouillard, dehors
Car il faut éviter de réveiller les morts.

Poème
de l’instant

L’ARDEUR COSMIQUE

L’Ordre et la Vérité sont nés
de l’Ardeur qui s’allume.
De là est née la Nuit.
De là l’Océan et ses ondes.

De l’Océan avec ses ondes
naquit l’Année,
qui répartit jours et nuits,
régissant tout ce qui cligne des yeux.

Rig-Véda, « L’ARDEUR COSMIQUE », traduit du sanskrit par Louis Renou, Du feu au cœur du vent, Trésor de la poésie indienne, Édition de Zéno Bianu, Poésie/Gallimard, 2020.