Anges sur la ZUP

Marc Alyn

La nuit colle à la peau, mais la haine tient chaud
en ses mailles tenaces
Dans la Zup interdite où la Parque ne plonge
Que pour de vastes coups de filet au profit des
trafiquants d’organes.
Le lieu grouille de dieux-requins et d’anges nécrophages.
De tous les coins du ciel chutent des funambules,
Des bouchers en lévitation que la Grâce, hélas,
abandonne en plein vol
Et qui roulent au vide, écornés de blasphèmes
Jusqu’au dernier sous-sol où le rat se sent seul.
Les mendiants menaçants ont des mains bleues de rides
Où s’inscrivent des destins d’emprunt à taux zéro.
L’enfant repasse ses leçons, la mère le linge de famille
et le père ses couteaux.
Mais qui se soucie de recueillir la confession publique
des oiseaux ?
Le petit jour livre le lait en étouffant ses pas
dans le brouillard, dehors
Car il faut éviter de réveiller les morts.

Poème
de l’instant

Esther Tellermann

Corps rassemblé

Un désir
à nouveau
enfle
éprouve le motif
éclats de solitude
mesurent
le marbre de
chaque corps
afin que se
rompe la lisière
du pourpre
absorbant les
paysages.

Esther Tellermann, Corps rassemblé, Éditions Unes, 2020.