Ah qu’on n’invoque pas l’aile de l’ange

Jean-Pierre Siméon

Ah qu’on n’invoque pas l’aile de l’ange
quand le silence passe sur le front du mourant
qu’on dissipe buée sur l’âme ces chants d’allégresse
qui forcent un ciel entre les dents du mort

le cadavre ne veut pas de ces beautés violentes
seuls sont vrais le poids de l’air dans la chambre
et la patience qu’il faut à notre épaule
et les paupières brûlantes
et la parole aride
et les sueurs de la pensée qui s’efforce

seul existe pour les demeurants
aux prises avec la lumière trop pleine du matin
le soupçon d’avoir posé pour rien
leurs mains sur le monde
et d’avoir pour rien
usé leur volonté
aux graviers

qu’on laisse l’horreur venir devant
parfaite
puisqu’à partir de là il faut tout recommencer
la nuit quotidienne
et la vie quotidienne
réapprendre la saveur
et l’amertume qui tient la lèvre close
puis le chant dans la gorge simple et suffisant

qu’on nous laisse donc seuls face à l’énigme oui
hommes seuls avec leur souffle
leur prière de peu
mariant les corps à la nuit amoureuse
et là s’allégeant dans l’énigme

un seul rythme nous contient
quand habitant dans l’amour notre danse égarée
nous échangeons d’une pleine respiration
l’éternité contre une joie

un rythme ou un poème
qui tient dans son étreinte nue
le sens inexprimé des choses

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.