L’ailleurs qui est ici

L'ailleurs qui est ici

Première anthologie de l’association Confluences poétiques.

Une quinzaine de poètes étrangers vivant en France transmettent à travers ce livre leurs choix poétiques, issus de leur tradition.
Anthologistes : Luis Mizon, Jean Metellus et Tahar Bekri

"Ce dont je veux parler, ce qu’il faudra dire ici
me sera dicté par la mémoire, la conscience
et l’expérience vécue.

Il s’agit de la langue :
le français.

Maison d’autrui que l’on connaît à tâtons et qu’on reconnaît par le toucher, par l’odorat, en surprenant les murmures de notre propre enfance sous les pierres antiques.

La vie et le hasard nous ont donné une langue d’origine, parfois une autre pour exprimer ce que nous avons vécu plus tard, si profondément, à la rencontre de nous-mêmes et des autres.
La langue poétique, pas le français du bon usage, mais le français douloureux, vécu, appris dans la rue et lié à nos combats intérieurs.

Quand Matsuo Bashô décide de partir en pérégrination,
simplement pour voir la lune monter à l’horizon de la mer,
le désir de cette image s’impose à lui à cause de sa beauté irrésistible, comme une vieille tache ineffaçable sur un mur, alors il décide,
non seulement de se vêtir du costume approprié à la marche à pied,
mais aussi de changer d’écriture et il adopte des caractères sacrés.

Comme lui , nous, les poètes de Confluences Poétiques, nous partons à la poursuite de la beauté poétique que nous portons comme une vieille tache ineffaçable dans la langue d’origine et dans celle que nous offre le parcours d’une vie.

Nous vous l’offrons, à notre tour, car la poésie ne nous appartient pas."

Luis Mizon

Paru le 1er mars 2005

Éditeur : Le Temps des cerises

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.