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Parution

Otok


poète
      Lou Raoul
éditeur
      Editions Isabelle Sauvage
type
      Recueil
date
      01/02/2017
descriptif
      Otok pourrait se résumer comme étant le « journal de résidence » de Lou Raoul à Split, en Croatie, en novembre-décembre 2013. Drôle de journal cependant, donné, déjà, comme celui d’une narratrice du nom de Kim, une elle et non un je, ensuite si peu chronologique, avec allers et retours incessants sur une série de dates, les mêmes. Mais ce qui frappe surtout est l’emploi du conditionnel, qui gagne chaque observation, chaque notation, y compris la stricte réalité des lieux (« et au nord-ouest du mont Dinara la Cetina prendrait sa source »…), et des dates (« ce serait le 10 décembre… »). Ainsi le récit est constamment brouillé, semble constamment mettre en doute ce qui est décrit – le mettre à distance.
Concrètement, Lou Raoul est en effet soustraite à son quotidien, confrontée à une culture autre ; et elle décrit ce sentiment « d’insularité » – otok signifie « île » en croate – qui la submerge. Étrangère, et toute portée vers cet étrange. La langue, en premier lieu, qu’elle ne parle ni ne comprend, perçue davantage comme un chant. Aussi, autant décider que « toutes les femmes se nommeraient Tea / tous les hommes se nommeraient Mladen ». Otok est ainsi émaillé de rencontres avec de « nombreux » Mladen ou Tea, marchande de légumes, passant/e, de tous âges. Et l’écriture est parsemée de noms croates, dont les sonorités participent de ce chant, de la musique du texte, avec les distorsions de la phrase habituelles à l’auteure (une construction grammaticale souvent inversée, aucune ponctuation autre que des virgules, pas de majuscules sinon celles des noms propres).
Quant aux journées vécues ici, il n’y a pourtant, au premier abord, en-dehors de la saison bien plus clémente, rien de spécial : un marché de Noël comme partout ailleurs, les boutiques chic, les filles élégantes, les téléphones portables, les yachts bien rangés, à côté des petites gens plus ou moins miséreuses, pêcheurs, joueurs de pétanque – ou le linge tendu entre les immeubles, la multitude de fruits et fleurs inconnus dans nos latitudes. Des clichés, somme toute…
Or la réalité de la Croatie, c’est plus profondément la question de la guerre, encore si présente. Mais que peut en dire une étrangère ? La sentir, l’évoquer, comme entre les lignes (« le chiffre de six mille suicides / puis tout ce que Kim tout ce que »), peut-être un peu plus précisément au fil des jours, les ruines, la souffrance et le silence s’imposant malgré tout.
Peut-être, alors, l’étrangère est-elle un peu moins étrangère – mais sans doute davantage à elle-même : « déplacée » – de soi, en soi. Parce que « même si, / Kim poserait des questions continuerait à tenterait de et Mladen répondrait qu’elle ne pourrait parvenir à comprendre, que même lui et même si, que même si lui ».

Recueil

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