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Poème

Filatures tourquenoises pour la ville de Tourcoing



poète
      Jacques Darras
poème
      FILATURES TOURQUENOISES

poème de courtoisie



C’est quoi le « coing » de Tourcoing ?
Je pose la question à Jeanne Bossuyte
Qui me reprend aussitôt : pas Bossuyte mais Bosseuyt
Du flamand « bos » qui veut dire « bois », « uit », dehors
Mes ancêtres, dit Jeanne, ont dû habiter à la sortie d’un bois
Je la regarde, je vois tout de suite du bois en elle
Tout de suite
Tout de seuyte
Tout à coup je me la flamandise pour moi
Je vois du bois d’au-delà de la frontière en elle
Bossuyt de Glageon, précise-t-elle, dans l’Avesnois
Vous connaissez l’Avesnois ?
Immédiatement je compulse mon guide :
Si je connais l’Avesnois la boulette le Maroille le Rollot le Vieux Lille
Glageon, le premier village de la Fagne, dit mon guide
Du sauvage
De la sauvagerie
Je vois Jeanne Bossuyt sortir tout à coup de son Ardenne
Telle une petite renarde rêveuse
Revenons à la réalité
Et Tourcoing ?
Qui me dira d’où sort le « coing » dans Tourcoing ?
Cette fois nous sommes à table
Je suis en train de déguster une brochette de bœuf grillé
Je pose la question à ma droite
Au Secrétaire général de la Mairie et poète Jean-Claude Dubois
Dubois ai-je dit Dubois ?
Comment cela ne m’a-t-il pas frappé tout de suite tout de seuyt !
Bossuyt et Dubois
Je me trouvais à Tourcoing j’étais cerné de tous côtés par la forêt
Dubois et Dubois
Bossuyt et Bossuyt
À présent que j’y réfléchis je me dis c’est donc cela le Nord
De la forêt enfouie sous la terre avec de la forêt tout autour
De la forêt incendiée en charbon changée en forêt noire
Avec des fagnes d’Ardenne d’ardente forêt verte alentour
Oui mais le « coing » de Tourcoing?
J’y viens j’y viens !
D’abord reconnaissez que j’avais enfoncé un « coin »
J’avais fait craquer la fibre de mes convives
J’avais ouvert la filature
J’avais mis en marche notre imagination à tous il y avait embauche
Ca ne chômait pas du côté de l’Hospice d’Havré
Nous navettions entre le « coin » de la hache le fruit du « cognassier »
Nous nous dessinions une « tour mentale » entre des arbres à « coins » Tour cocagne entre des cognassiers
Nous rejoignit alors Madame la Directrice de l’Action Culturelle
Nous en étions au café
Cinq cafés s’il vous plaît (oui nous fûmes cinq en tout)
Voici me dit-elle souriante la réponse de l’historien local
(Du coin ?)
« Kem » petite colline en flamand aurait donné « coing »
Donc la tour sur une petite colline ?
Sur la route reliant Tournai Wervik Lys et Escaut, sans doute !
Qu’est-ce que cela change, ironise Jeanne l’Avesnoise
Dehors il faisait soleil et ciel bleu de février vent glacial de Norvège
Nous fîmes visite rapide au Musée
Défilâmes devant les tissages coraniques de Ben Bella
Ne nous défilâmes pas devant les pâtes épaisses d’Eugène Leroy
Filâmes devant les bouquets de Seghers
Courûmes presque attraper le Mongy
Oh ! (mon exclamation)
À un angle une plaque disait qu’ici vécut Albert Roussel
Me sonnèrent aux oreilles les cuivres de Bacchus et Ariane
Du Festin de l’Araignée
Mais oui bien sûr Ariane le fil arachnéen à remonter vers la Toison !
Vers les Mahaut de Guisne de maintenant d’autrefois !
Vers les blondes chevelures des chevaleries argonautiques
Tous nous dansons sur le même fil
Tous nous sommes faits de la même laine
Tous nous habille la même étoffe
Il faut sans cesse tisser retisser nos habits
Il faut sans cesse nous asseoir au métier
Il faut sans cesse retendre nos cordes filiales et musicales
Il faut sans cesse nous demander de quel bois commun nous sortons

Jaques Darras
édition
printemps des poetes
      2006
genre
      Poèmes sur la ville

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